Dans la prison de Corbas, Cynthia vient de perdre 2 mois de sa 17ème année.RESF 69/ Collectif jeunes Majeurs, le 29/10/2015

Un gâchis qui continue au centre de rétention Saint-Exupéry !

Depuis septembre, après de nombreux autres avant eux, 4 jeunes Congolais(e)s ont à notre connaissance été jeté(e)s en prison par décision du tribunal correctionnel de Lyon, dans le cadre d’une politique délibérée de persécution des mineurs et jeunes majeurs isolés étrangers menée de concert par la Métropole (MEOMIE/ASE), le Parquet, la PAF. 
Pathy, Ruth et Thérèse sont toujours emprisonnés. 

 

Mardi dernier, le 27 octobre, Cynthia, condamnée le 10 septembre,  est sortie la première après avoir purgé sa peine. Mais, poursuivant le sinistre travail de police et de la justice, le préfet l’a immédiatement faite conduire au centre de rétention Saint-Exupéry où elle est enfermée depuis. Elle pourrait y perdre encore 45 jours de liberté, en attendant la réponse à sa demande d’asile déposée en prison, son expulsion ou sa libération. 
> Cynthia passera devant le JLD, rue Servient, dimanche matin. Rendez-vous à 9h30.

Mais quel crime, quel délit, a donc commis cette grande gamine qui respire la simplicité, la franchise et l’honnêteté ? Si vous la rencontrez, il vous saute aux yeux et à la figure que ceux qui l’ont condamnée à la prison, et maintenant au centre de rétention, appliquent une politique barbare des plus révoltantes.

Arrivée à Lyon le 18 février dernier en provenance de Kinshasa en RDC, Cynthia n’avait pas encore 17 ans quand la MEOMIE l’a recueillie. Elle produisait l’original de son acte de naissance  que personne n’a osé contester, et surtout pas la juge des enfants qui l’a placée sans conditions sous la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance.

Mais le système de répression des migrants, qui se perfectionne sans arrêt,  est très pervers… Prétendant la protéger, ses référents à l’ASE l’ont convaincue de faire une demande d’asile qui s’est refermée sur elle comme un piège. Alors qu’elle ne voulait pas de cette demande, ils lui ont servi le mensonge selon lequel elle ne pourrait rester en France qu’en demandant l’asile. Cynthia ne souhaite pas s’étendre sur les souffrances qu’elle a endurées en RDC. Elle préfère affirmer sa forte volonté d’aller à l’école et « d’être quelqu’un dans la société française ». Sous la pression, elle accepte néanmoins de commencer une demande d’asile et se rend à la Préfecture où ses empreintes digitales sont prises.  La prise d’empreintes se passe mal et voilà Cynthia accusée par ses éducatrices d’avoir brûlé ses doigts pour l’empêcher ! Suspicion toujours et partout ! Cynthia n’accepte pas qu’on l’accuse, comme elle dit,  de cacher quelque chose. Elle accepte sans rechigner de revenir pour une 2ème prise d’empreintes. Cette fois, comme par miracle, la préfecture recueille les empreintes qu’elle n’avait pas obtenues avant… Mais, voilà qu’elle sort alors, avec l’aide du fichier Visabio, un passeport angolais de 2013 qui porterait les mêmes empreintes, pour une personne  s’appelant d’un autre nom que Cynthia et qui aurait 19 ans. Cynthia s’étonne et n’y comprend rien. Elle n’est jamais allée en Angola et elle n’est pas angolaise ! Elle a 17 ans et non 19 ans !

Le 3 septembre, Cynthia a dû quitter le foyer de Vaise où elle habitait depuis 8 mois et où tout le monde la connaissait, pour se retrouver seule dans un autre foyer de Lyon. Heureuse, elle a commencé néanmoins sa  scolarité en seconde Gestion –Administration au lycée Jacques de Flesselles.

Mais après une semaine d’école, le 9 septembre, sa référente MEOMIE vient la chercher pour la conduire à la PAF. La PAF vérifie son acte de naissance qu’elle juge authentique. La référente revient sur l’histoire des empreintes à la préfecture. Cette fois, la PAF ne juge pas utile de soumettre Cynthia à l’épreuve des tests d’âge osseux. Elle la place immédiatement en garde à vue et le Parquet la fait juger le lendemain en comparution immédiate : 2 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Personne de l’entourage de Cynthia n’est alors mis au courant de ce qui se passe pour elle. Nous ne l’apprenons que bien plus tard.

En prison, personne ne dit à Cynthia qu’elle peut faire appel de sa condamnation. Mais elle peut  finaliser sa demande d’asile grâce à l’aide de la Cimade. Les 2 mois à Corbas sont très durs. La tête de Cynthia ne va pas bien. Elle dit qu’elle allait là-bas voir le psychiatre tous les jours et que le médecin du centre de rétention a reçu un certificat attestant de son mauvais état de santé.

Le 17 septembre, Cynthia voit arriver une autre mineure isolée dans sa cellule. C’est Ruth, une de ses copines  condamnée elle aussi à 2 mois ferme. Cette fois, le fichier Visabio n’a servi à rien. Ce sont pour Ruth les tests d’âge osseux qui ont, seuls, servi de fausse preuve pour une prétendue majorité. Le 24 septembre, une semaine plus tard, c’est Thérèse, la sœur de Ruth qui arrivait à Corbas, le fichier Visabio ayant pour elle été mis à contribution…

Au CRA Saint-Exupéry, Cynthia dort dans la même chambre que 2 autres mineures isolées, Adelina et Maria, arrivées de Metz il y a 30 et 44 jours… 
Ce soir, vendredi, l’une a été emmenée à Roissy pour être expulsée vers l'Angola. 

 Pas loin d’elles, est enfermé Steve, un jeune majeur Congolais, arrivé à Lyon à 16 ans et demi il y a 3 ans, pris en charge et formé aux frais du Conseil général. Victime d’une OQTF confirmée par le tribunal administratif alors qu’il avait terminé sa formation en maintenance électro-mécanique et qu’un patron attendait sa régularisation pour l’embaucher, il a été arrêté à la gare de la Part-Dieu il y a une semaine.

Nous apprenons qu'une jeune Congolaise d'un foyer d'Oullins, Benissa, est passée aux comparutions immédiates ce vendredi après-midi à 14h. Elle allait avoir 18 ans en décembre. On suppose qu’elle dort en prison cette nuit…

La traque des jeunes migrants est maintenant générale. Lyon n’est pas la seule ville touchée. C’est une politique nationale que le gouvernement met en œuvre au nom du contrôle des frontières, semant la peur, la précarité, le racisme et la division. Derrière la façade d’un prétendu accueil pour quelques milliers de nouveaux demandeurs d’asile, se cache le renforcement de la répression contre l’immense majorité des migrants d’hier et d’aujourd’hui.


 

                                              RESF 69/ Collectif jeunes Majeurs, le 29/10/2015