Lettre ouverte du Président de la Communauté Urbaine du Dunkerquois -

J’ai reçu une lettre qui ne ressemblait pas aux autres, qui allait au-delà de la peur raisonnée. Son ton, ses mots, tout en elle transpirait la haine, le rejet brutal de «ces gens-là».

Crise des réfugiés : LETTRE OUVERTE AUX DUNKERQUOIS 

Ces dernières semaines, de nombreux habitants de l’agglomération dunkerquoise m’ont écrit pour me parler des réfugiés, me faire part de leurs interrogations et de leurs inquiétudes. Et puis j’ai reçu une lettre qui ne ressemblait pas aux autres, qui allait au-delà de la peur raisonnée. Son ton, ses mots, tout en elle transpirait la haine, le rejet brutal de «ces gens-là», «ces étrangers qu’ on ne veut pas chez nous». Cette lettre m’a fait mal. Elle a profondément blessé le Dunkerquois que je suis, héritier de cette tradition d’accueil et de solidarité qui est la marque de notre ville. C’est cette lettre qui me pousse aujourd’hui à vous écrire à mon tour.

Qui sont ces réfugiés qui affluent aujourd’hui sur notre littoral ?

Des hommes, des femmes et des enfants qui ont tout quitté, la peur au ventre. Sous les bombes, ils ont pris la route avec quelques sacs et leurs économies, laissant derrière eux leur maison, leur famille, leurs souvenirs et tous leurs rêves. Un saut dans l’inconnu motivé par l’espoir d’un ailleurs plus accueillant, un endroit où dormir sans avoir peur de mourir et où, peut-être même, être heureux puisque chez eux ce n’était plus possible.

La plupart de ces réfugiés veulent trouver asile en Angleterre, et nulle part ailleurs. Mais les mesures de renforcement des contrôles aux frontières mises en place à Calais les ont stoppés net sur la Côte d’Opale.

Des mafias de passeurs, ignobles profiteurs de la misère humaine en temps de guerre, exploitent cette situation en leur promettant l’eldorado contre beaucoup d’argent. Ils font aussi régner la terreur parmi les réfugiés.

Face à ce drame, que font les élus locaux ?

D’abord, nous aidons les services de police et de justice à lutter contre les passeurs en mobilisant de nombreux moyens logistiques. Nous avons également demandé au ministre de l’Intérieur un accroissement des effectifs des forces de l’ordre, non seulement afin d’intensifier cette guerre contre les mafias, mais aussi pour permettre à la police locale de continuer à assurer sa mission de sécurisation de la population avec des moyens adaptés. Nous, élus locaux, n’accepterons jamais que les Dunkerquois puissent être en insécurité.

Nous accompagnons par ailleurs les offices nationaux (OFII et OFPRA) dans leur mission d’information sur le droit d’asile. Ce travail est essentiel car, à chaque fois qu’une famille demande l’asile en France au lieu de poursuivre sa quête de l’eldorado anglais, elle sort des griffes des passeurs et intègre des conditions d’hébergement plus dignes dans le cadre légal du programme national d’accueil mis en place par le gouvernement. Prise en charge par la préfecture, cette famille sort alors du campement pour être hébergée dans l’une des villes d’accueil recensées en France. Lors de notre rencontre avec le ministre, nous avons là aussi demandé un renforcement de ces actions d’information. Enfin, nous interpellons le gouvernement français et l’Union européenne pour qu’ils mettent fin à cette situation invraisemblable qui consiste à voir des réfugiés de guerre bloqués sur notre territoire car ils souhaitent demander l’asile dans un autre pays européen que le nôtre. Ce sont aujourd’hui les mafias qui exploitent ce manque de cohérence politique à l’échelle de l’Europe.

Comment faire face à la situation actuelle ?

Bien sûr, la situation que nous vivons est compliquée et l’incertitude sur le devenir des conflits internationaux fait peur. Bien sûr, le désarroi et la misère des réfugiés viennent cô- toyer les fins de mois difficiles de beaucoup de Dunkerquois. Bien sûr, les tensions qui apparaissent dans le voisinage des campements d’urgence doivent être prises en compte très sérieusement, compte tenu notamment de la présence dangereuse des passeurs. Et nous le faisons, avec l’objectif final de parvenir au démantèlement des campements.

Devons-nous pour autant oublier notre humanité ?

Souvenons-nous qu’il y a 70 ans, nos parents ou grands-parents étaient «ces gens-là», ces étrangers jetés sur les routes par d’autres atrocités, en quête d’une main tendue pour trouver un repas, un abri, un endroit où faire leur toilette. Notre ville a payé le prix fort lors de la Seconde Guerre mondiale pour sauver l’Europe du nazisme. Comment pourrions-nous aujourd’hui laisser notre peur devenir cette posture de haine que nous avons combattue avec tant d’ardeur? Comment pourrions-nous regarder les réfugiés autrement que comme des êtres humains, ni meilleurs ni pires que tous les autres ? Comment pourrions-nous laisser des familles mourir de froid ou de maladie sur notre sol ?

C’est avec pragmatisme, sans mensonge ni faux semblant, mais aussi avec les valeurs qui sont les nôtres, que les élus font face aujourd’hui à la question sensible des réfugiés. Nous avons besoin de votre soutien.

Patrice VERGRIETE,

Président de la Communauté urbaine Maire de Dunkerque