Lyon - Expulsé le jour de ses 18 ans - Communiqué RESF 28/12/17

Bon anniversaire et bonne année…

 Comme cadeau, la Métropole (Service de la MEOMIE-Aide Sociale à l’Enfance) vient d’ordonner à Lamine de quitter sa chambre de la Majo-Parilly mardi 2 janvier, le jour de ses 18 ans, en pleine trêve hivernale ! Refus de contrat jeune majeur !

Arrivé seul à Lyon en provenance de Guinée en octobre 2016, Lamine a été pris en charge alors qu’il allait avoir 17 ans, décision d’un juge des enfants à la clé. Accompagnement éducatif minimum pour lui comme pour beaucoup, puisqu’il a stationné quelques 3 ou 4 mois à l’hôtel avant de rejoindre un foyer, et puisqu’il a mis un an avant de pouvoir aller à l’école…

Scolarisé depuis septembre 2017 dans une classe dite « triple A » du lycée Jean Lurçat, ne disposant pas de ressources et de soutien familial suffisants, Lamine a demandé à bénéficier d’une prise en charge de l’ASE jusqu’à ses 21 ans comme le prévoient les articles 112-3 et L. 222-5 du code de l’action sociale et des familles pour les jeunes éprouvant des difficultés d’insertion sociale. Il a besoin de son année scolaire pour se perfectionner dans la maîtrise de la langue française avant de pouvoir être orienté dans une formation professionnelle. Pour mener à bien cette année scolaire et celles qui suivront jusqu’à pouvoir travailler, l’accompagnement de l’ASE prévu dans les textes est pour lui indispensable.

Mais la Métropole ne l’entend pas de cette oreille ! Elle lui a fait savoir qu’il n’aurait pas d’aide jeune majeur et qu’il devait quitter son foyer le 2 janvier.

La Métropole fait actuellement peser une lourde menace sur tous les jeunes qui n’ont pas déjà intégré une filière professionnelle au moment de leur 18ème anniversaire, prétendant leur refuser à tous le bénéfice des aides jeunes majeurs. Cette règle qu’elle cherche à imposer, elle la sort de son chapeau comme un nouveau moyen pour faire des économies en plongeant dans une extrême précarité les jeunes étrangers isolés. Ecarter des aides jeunes majeurs toutes celles et tous ceux qui ne sont pas encore en CAP ou dans toute autre formation professionnelle à 18 ans, c’est sacrifier tous les jeunes étrangers arrivés autour de 17 ans, et même d’autres arrivés plus tôt mais contraints d’attendre de longs mois avant de se voir reconnaître leur droit à la scolarisation. Le risque existe que dans la foulée soient aussi privés d’aide sociale de la Métropole tous les jeunes ayant eu des difficultés à l’école, les dits « décrocheurs » de toute sorte, quelle que soit leur nationalité, sans inscription en filière professionnelle au moment de leur 18 ans…

Le 2 janvier, c’est Lamine qui risque la rue. Mais d’autres ont déjà été mis dehors le jour de leurs 18 ans pour des raisons du même genre, comme Ibrahim D. qui avait pourtant commencé un apprentissage, mais à qui la Préfecture a envoyé un refus de séjour à ses 18 ans même… Et ils sont nombreux comme Ibrahim T. et d’autres à craindre le refus de contrat jeune majeur à leur majorité pour la seule raison qu’ils sont en UP2A OU 3A ou en MLDS, des classes passerelles avant le lycée professionnel.

N’acceptons pas que la Métropole de Lyon attaque aussi violemment les jeunes isolés étrangers, les plongeant très jeunes dans la plus grande précarité matérielle et dans la détresse psychologique et morale ! N’acceptons pas qu’elle sabote ainsi le travail d’intégration que font les enseignants des classes de MLDS et d’UP2 ou 3 A ! N’acceptons pas qu’elle sème le trouble et le désespoir dans ces classes où les jeunes cherchent à reprendre pied après des parcours de migration généralement très éprouvants, et où ils y arrivent très généralement avec le concours d’enseignants bienveillants et motivés !

Mardi 2 janvier à 9h, certain(e)s d’entre nous accompagneront Lamine à la MEOMIE (51, rue Deleuvre. Lyon 4ème. Métro Hénon).

 Rejoignez-les pour que Lamine ne soit pas jeté dehors dans le froid et la faim !

Collectif Jeunes-RESF69