c’était les Roms les coupables - Libération 2013-06-11

Gardanne : «Quand il y avait un vol, pour les gens, c’était les Roms les coupables»

Gardanne (Bouches-du-Rhône), 20 000 habitants. Dans cette ville située à 25 kilomètres au nord de Marseille, c’est la municipalité qui s’est retrouvée à l’initiative. Tout commence à l’automne. Expulsées de bidonvilles qu’elles occupaient dans la cité phocéenne, des familles roms se dirigent dans les communes environnantes, dont Gardanne. Elles s’installent d’abord sur les terrains de particuliers, une situation que la mairie ne laisse pas perdurer. Elle décide d’aménager le Puits Z, un ancien site minier. «J’ai simplement décidé d’appliquer la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui stipule que les hommes naissent libres et égaux en droits», explique le maire PCF, Roger Meï.

Le terrain est raccordé à l’électricité et à l’eau courante, «le minimum vital». En contrepartie, la municipalité exige que «tous les enfants soient scolarisés». Quelques mois plus tard, Meï estime être en passe de «convaincre» ses administrés d’avoir bien agi. «Ça n’a pas été facile, souligne-t-il. Quand il y avait un vol, forcément, aux yeux des gens, c’était les Roms les coupables.» «On a oublié d’où on venait», juge le maire de cette ville où l’immigration a pris une part prépondérante.

Il se félicite de son action : «On est fiers de ce qu’on a fait. François Hollande a dit il y a quelques mois qu’il ne devait pas y avoir d’expulsion sans solution de relogement, de belles paroles. Nous, on a agi.» Roger Meï affirme que les investissements consentis par sa commune - environ 30 000 euros pour un groupe électrogène - seront «défrayés» par des subventions régionales, nationales et européennes. «Ça ne coûtera rien aux Gardannais.»

Une politique bien plus efficace, selon lui, que celle mise en oeuvre dans la commune voisine d’Aix-en-Provence, où «450 000 euros ont été dépensés en frais de justice pour expulser les Roms». Il conclut : «Il faut bien sûr négocier avec la Roumanie, mais l’accueil de ces populations ne peut se faire sans l’aide des communes. A terme, le terrain de Gardanne va disparaître. On souhaite que les pouvoirs publics proposent des logements HLM aux familles, comme le préfet s'y est engagé, pour qu’elles puissent vivre comme tout à chacun.»

Aubervilliers : «On a convaincu nos concitoyens que c’était un bel ouvrage»

A Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le maire socialiste Jacques Salvator affiche sa satisfaction. Il a ouvert en 2007 un village d’insertion accueillant une vingtaine de familles roms. L’expérimentation arrive à son terme. «C’est un succès. La quasi totalité de ces familles est désormais intégrée, les enfants tous scolarisés.» Il envisage de renouveler l’expérience - «pas tout de suite pour souffler un peu» - et avec quelques aménagements pour corriger les erreurs du début.

Le prochain village ne sera pas exclusivement réservé aux Roms mais ouvert à tous ceux qui sont en difficulté. «Ces bungalows seront un lieu d’hébergement transitoire, une résidence sociale comme une autre. Cela nous permettra de répondre à la critique récurrente : "Vous faites beaucoup pour les Roms et rien pour les autres" L’expérimentation a été financée par l’Etat, la région et la ville, à hauteur de 150 000 euros par an. «On a convaincu nos concitoyens que c’était un bel ouvrage, et non un puits sans fond.»

 

http://www.liberation.fr/societe/2013/06/11/roms-quand-les-mairies-experimentent-des-solutions-concretes_909584

Date de dernière mise à jour : 16/12/2014