Qui sont ces migrants qui ont peuplé la France - La Croix - 29 avril 2016

Homo sapiens, l’Africain

Homme anatomiquement moderne avec sa face réduite, un menton saillant, l’absence de bourrelet sus-orbitaire et un crâne au volume important, Homo sapiens est arrivé en Europe il y a entre 200 000 et 50 000 ans, venant d’Afrique via le Proche-Orient. Contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, il a fréquenté Neandertal (qui disparut en -30 000) et ils se sont même mis en ménage, si bien qu’aujourd’hui notre génome contient 1 à 3 % de gènes néandertaliens.

Parmi eux, l’homme de Cro-Magnon, vieux de 35 000 ans, découvert aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne). Peut-être avait-il encore la peau foncée de ses ancêtres africains. Chasseur-cueilleur, il se nourrissait d’animaux sauvages, de fruits et de bulbes. Il fabriquait des outils et portait des parures. Exhumé dans un abri-sous-roche, il partageait une sépulture avec hommes, femmes et enfants. Immigré et métis, il fut l’un de nos ancêtres.

La belle « Barbare » d’Obernai

En 2013, à Obernai (Alsace), parmi 18 sépultures du Ve siècle, les archéologues ont mis au jour le crâne d’une fillette de 12 ans, allongé dans le sens antéro-postérieur. Une « déformation intentionnelle obtenue au moyen d’un emmaillotage du crâne dès le plus jeune âge », explique l’anthropologue Éric Boës. Une pratique qui s’observe chez les Alains, Sarmates et Huns, populations nomades des steppes de Russie, et qui permet à un groupe d’affirmer son rang social.

Les chercheurs ont aussi exhumé un miroir en argent, lui aussi typique de l’Orient. L’organisation du cimetière laisse penser que ce n’étaient pas les membres d’une invasion barbare mais plutôt d’une population arrivée là, seule ou avec l’armée romaine, et qui a choisi de cultiver cette zone de lœss très fertile. Et de devenir de futurs habitants de la France…

Magnence, l’empereur franc

En cinquante ans de vie, Magnence est parti du bas de l’échelle sociale pour atteindre des sommets avant de tomber en disgrâce. Magnence est né en Gaule en 303 de parents immigrés francs, plus précisément de parents lètes, ces tribus germaniques épargnées par Rome après leur défaite, mais jouissant d’un statut hybride entre liberté et servitude. Il intègre l’armée romaine et entame une brillante carrière militaire. Magnence devient commandant de la garde impériale de Constant.

Lors d’un « putsch », il se fait acclamer empereur en 350 par un groupe de conspirateurs et fait éliminer son rival. Mais un an plus tard il se fait battre par Constance II, le frère du défunt Constant, puis meurt dans une ultime défaite en 353. S’il reste à la postérité comme un usurpateur, Magnence illustre bien cette opportunité d’ascension sociale qu’offrait l’armée romaine aux soldats « barbares ».

Le Viking fondateur de la Normandie

Danois ou norvégien, Rollonnaît vers 845 à l’époque où les navires des Vikings (Northmanni, hommes du Nord) font déjà des incursions sur les côtes de Neustrie. Rouen est incendiée, Paris assiégé. Charles le Simple, roi des Francs, signe en 911 le traité de Saint-Clair-sur-Epte avec Rollon, à qui il donne une partie de la Neustrie et la main de sa fille Gisèle, avec, entre autres conditions, une conversion au christianisme.

Baptisé à Rouen ainsi que tous ses hommes, Rollon, devenu Robert 1er , adopte la langue romane et encourage la colonisation scandinave. Attaqué par le successeur au trône de France, il guerroie en Picardie et trouve la mort vers 928, laissant le duché à son fils. Son corps est inhumé dans la cathédrale de Rouen. La toponymie normande garde des traces de cette colonisation scandinave ainsi que nombre de noms de famille : Angot, Anquetil, Auber, Onfray, Surcouf…

Alonso Lopez, le morisque

Il ne subsiste aucune représentation de lui. Alonso Lopez est pourtant l’unique représentant identifié des 275 000 à 300 000 morisques – les musulmans convertis de force au catholicisme – chassés d’Espagne en 1609. « La plus grande expulsion de l’époque moderne », souligne l’historien Bernard Vincent. Si beaucoup franchirent les Pyrénées puis embarquèrent vers le Maghreb, une partie resta en France.

Alonso Lopez, probablement marchand, aurait comme tant d’autres devancé la vague d’expulsions et fui l’Aragon en 1607. En France, il sert d’intermédiaire entre la communauté morisque et la monarchie française. Richelieu le prend même pour conseiller, l’envoie aux Pays-Bas acheter des tableaux, lui confie l’aménagement de la ville de Richelieu en Poitou. Les morisques sont d’abord bien accueillis dans la France d’Henri IV, puis le vent tourne sous Marie de Médicis qui, suspicieuse, les oblige à se faire baptiser une deuxième fois.

Le Tsigane des Balkans

Au XIVe siècle sont arrivés en France les premiers « bohémiens », ainsi nommés parce qu’ils étaient porteurs de lettres du roi de Bohême. Situé en Europe centrale, ce royaume correspond aujourd’hui à des territoires se trouvant en République tchèque. Ils provenaient peut-être du nord-ouest de l’Inde, mais les linguistes ne sont pas d’accord et il existe peu de textes. À l’époque, certains sont mercenaires dans les armées françaises, tandis que les autres exercent les métiers de forgeron, rempailleur ou éleveur de chevaux – avec lesquels ils se déplacent en roulotte.

Ils sont bien accueillis dans un premier temps, puis les autorités vont se méfier de leur nomadisme et vont chercher à les cacher en les envoyant, jusqu’au XVIIIe siècle, aux galères ou dans les colonies à peupler. De 1912 à 1970, ils sont fichés car on veut pouvoir contrôler leurs déplacements. Aujourd’hui, environ 25 % sont encore nomades, 30 % semi-nomades et 45 % sédentarisés.

L’Italien devenu carrier

En 1797, à 17 ans, le jeune Giuseppe Antonio Ruga est fait prisonnier de guerre de Napoléon Bonaparte dans le Piémont. Émigré de force en France, il préfigure la grande vague migratoire italienne : 17,5 millions d’Italiens émigrent entre 1870 et 1915 ! Giuseppe Antonio devient ouvrier carrier à ChâteauLandon (Seine-et-Marne). Avec l’autorisation écrite de sa mère restée en Italie, il se marie avec une Française.

Son fils Marco Antonio, et son petit-fils Joseph (né en 1849) perpétuent le métier. Joseph épouse Ameline (photo). Devenu maître carrier, il fait prospérer sa carrière de pierres calcaires qui servent à construire les ponts de Paris. Catholique, il a son banc à l’église et invite ses ouvriers à sa table le dimanche. Bien intégré, il ne partira cependant pas à la guerre de 1870 contre les Prussiens, car il avait gardé sa nationalité italienne. Sa fille Olympe, arrière-petite-fille de Giuseppe, deviendra, elle, française.

Les Algériens, première population immigrée en France

La suppression du statut de l’indigénat et l’accès à la nationalité française en 1947 permet aux Algériens de gagner la métropole. Ce sont essentiellement des travailleurs réservés aux emplois non qualifiés et logés dans les foyers de la Sonacotra (Société nationale de construction pour les travailleurs algériens). Mais aussi des premières familles (6 000 femmes et 14 000 enfants en 1954) qui se retrouvent pour partie dans les baraques des bidonvilles de Nanterre.

C’est d’ailleurs sur le sol métropolitain que sera en partie organisé le combat pour l’indépendance. Celle-ci ne suscitera pas une vague de retour vers l’Algérie. Au contraire, à partir de 1962, les flux migratoires augmentent, facilités par la libre circulation garantie dans les accords d’Évian. Les Algériens étaient, en 2012, la première population immigrée en France

 

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