La Croix - 15 juin 2015 - A Lyon, les catholiques ouvrent de nouvelles voies pour l'accueil des migrants

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A Lyon, les catholiques ouvrent de nouvelles voies pour l’accueil des migrants

Les chrétiens lyonnais ont formé avec plusieurs associations non confessionnelles un collectif pour répondre à l’urgence.

15/6/15 - 16 H 54

 

Direction l’Abri du Pèlerin. Après voir été évacuées, un petit matin d’avril, du plus gros squat de la ville de Lyon, à Gerland, 150 personnes originaires d’Europe de l’Est avaient grimpé la colline de Fourvière. Et passé la nuit dans cette salle de repos proche de la basilique. Avant d’investir, le lendemain, le gymnase de l’externat Sainte-Marie, puis un local industriel désaffecté, loué par le diocèse jusque fin mai. Depuis, ces migrants sont disséminés entre campings et locaux paroissiaux, aidés par des« chrétiens lambda », comme se définit Étienne Bechaux.

Voilà un an, ce chargé de mission à l’Insee ne connaissait rien des difficultés traversées par les migrants. « À part leur donner la pièce, je n’avais aucun contact avec eux », dit-il. Tout a changé le jour où il a répondu à l’appel lancé par le P. Bruno-Marie Duffé, vicaire épiscopal Famille et société du diocèse de Lyon. C’était un matin de mars 2014. Étienne Bechaux est alors invité, avec d’autres, à être « témoin » du démantèlement d’un autre campement sauvage, sur un terrain vague de Saint-Fons, cette fois, au sud de Lyon. « Nous ne devions pas demeurer en surplomb de la solidarité, résume Geneviève Iacono, universitaire spécialiste du droit des étrangers, également présente ce jour-là. L’Église ne peut être légitime et crédible qu’en mettant ses mains dans le cambouis. » 

« NOUS POUVONS HONORER TOUTES LES DIMENSIONS DES MIGRANTS »

Ce que les chrétiens feront suite à l’évacuation, en procurant un toit à plusieurs familles. Sur le site du bidonville de Saint-Fons, les chrétiens côtoient plusieurs associations laïques, comme la Ligue des droits de l’homme. Ensemble, ils fondent alors la coordination Urgence migrants. Un collectif ambitieux, qui, en plus d’une mise à l’abri, entend accompagner individuellement les migrants dans leur parcours d’insertion. « Dans le respect de nos spécificités, et en joignant nos compétences, nous pouvons honorer toutes les dimensions des migrants », résume le P. Duffé.

Financé par des dons, le collectif tient ses réunions au sein de la maison diocésaine Saint-Jean-Baptiste. Un symbole fort du rôle central joué par l’Église de Lyon ces dernières années. Des prêtres ouvraient déjà les portes de locaux paroissiaux. De longue date, comme dans la paroisse Saint-Polycarpe, sur les pentes de la Croix-Rousse. Ou, plus récemment, comme dans le quartier de Gerland, où le P. Matthieu Thouvenot a accueilli plusieurs familles roms. 

Mais, cette fois, ce sont des paroisses entières qui se mobilisent. Une dizaine de groupes se sont constitués aux alentours de Lyon pour répondre à l’urgence. Pas autant qu’il ne le faudrait, regrette Étienne Bechaux : «Parfois, quand ce n’est pas le curé, c’est l’équipe d’animation pastorale qui refuse de mettre des locaux à disposition. » « Certains nous reprochent de créer un appel d’air, complète Geneviève Iacono. Mais que faut-il faire ? Détourner les yeux ? » 

Au contraire, ces militants ont décidé d’innover. Au printemps, un presbytère a été transformé en « Maison des migrants ». Portée « par des chrétiens et des républicains laïques », souligne Geneviève Iacono, cette microstructure d’une vingtaine de places se veut « un laboratoire »,accueillant indifféremment demandeurs d’asile et sans-papiers en provenance de pays considérés comme « sûrs » par le gouvernement. Si la petite équipe est bien consciente d’être dans l’incapacité de répondre à toutes les situations d’urgence, elle espère contribuer à l’invention de nouvelles modalités d’accueil plus souples. Et, pourquoi pas, y intéresser les décideurs politiques.

Bénévent Tosseri, à Lyon