le village rom a maintenant trois mois - 2013-02-08

Côte-d’Or - Social Dijon : le village rom a maintenant trois mois

le 08/02/2013

Chantal Miroy, Danielle Lapre et Stéphanie Calvo sont trois des cinq personnes qui accompagnent les Roms à Dijon.

L’accompagnement social de cette minorité se fait dans les règles depuis fin octobre. Immersion dans le village.

Daniel a une heure à peine pour déjeuner avant de retourner au lycée alors fissa, les coups de fourchette dans l’assiette de cassoulet en boîte que sa mère Mikhella lui a réchauffé. Au village rom de Dijon, le rythme du quotidien colle à celui de tout un chacun. Les enfants vont à l’école, les adultes vaquent à leurs occupations. Cuisine, ménage, recherche d’emploi. C’est l’affaire de beaucoup. Sauf que pour ces 57 personnes-là, rien n’est pareil.

« J’apprends le français », explique Daniel, 20 ans, lorsqu’on lui demande ce qu’il fait en classe. Pour commencer : il y a la barrière du langage. A l’image des 56 autres Roms présents actuellement sur le site, le jeune homme vient de Roumanie. Il a une carte d’identité, mais pas de permis pour travailler. Aucun des 36 adultes n’a reçu d’autorisation pour l’instant. Mais l’association 2 choses lune, en lien permanent avec la préfecture et tous les partenaires de ce projet qui a vu le jour le 26 octobre dernier, est sur le coup.

Sortis des squats

Cinq salariés sont chargés de l’accompagnement de cette minorité tour à tour chassée, expulsée, évacuée des squats ; et souvent vue à travers un prisme liant nomadisme, mendicité et délinquance. A Dijon, deux communautés distinctes avaient été recensées en août dernier, juste après la publication de la circulaire interministérielle sur les campements illicites : celle de la rue de Stalingrad et celle de la rue Ernest-Champeaux. « Les huit premières familles – 34 personnes en tout – ont d’abord logé dans ce hameau de modules équipé de dix chambres avec des sanitaires pour hommes et pour femmes », décrit Stéphanie Calvo, assistante sociale, en montrant ces constructions provisoires, prêtées par l’association Dom’Ici spécialisée dans l’hébergement d’urgence. C’était fin octobre. « Un mois plus tard, les 22 autres personnes recensées sont arrivées et tout le monde s’est réparti dans les nouveaux bungalows qui avaient depuis, été livrés. » Aujourd’hui, chaque famille a son chez-soi.

Retour chez Daniel. Sa mère fait la vaisselle. Son petit frère dort sur l’un des deux lits superposés de la chambre commune aux enfants et aux parents. Lui, va repartir au lycée, avec son cadet et un voisin. Il ne dit pas s’il est content d’avoir un toit, une douche, du chauffage et des personnes à qui confier toutes les démarches qu’il doit entamer pour se « stabiliser ». Il ne le dit pas mais c’est les mains dans les poches et avec un large sourire qu’il est arrivé tout à l’heure « chez lui ». Les enfants jouaient dans les allées, à pied ou à vélo, juste en face du hangar de stock de nourriture de l’armée de terre, abandonné désormais. La friche militaire ne paie pas de mine, pas plus que la porte permettant d’accéder au site, à peine visible du boulevard Maillard, mais ici, il a le droit d’être là.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer »

« Le quotidien ? » L’assistante sociale se tourne vers Danielle Lapre, la responsable du village, et Chantal Miroy, l’un des trois agents éducatifs chargés d’orienter les résidents. Les trois femmes racontent, pêle-mêle : « Ça cuisine beaucoup et tout le temps. Pour les fêtes de fin d’année par exemple, nous avons partagé un repas. Leurs préparations… Il y en avait une profusion ! C’était délicieux », « ce sont des personnes qui dansent et chantent beaucoup », « et alors pour le ménage : ils le font tout le temps. Ce sont eux, qui, également, entretiennent tous les espaces collectifs ». Par exemple cette pièce juste à côté des bureaux servant de réfectoire, de salle de jeux pour les enfants ou encore dédiée à l’informatique « et où ils se retrouvent beaucoup le soir ».

Trois mois après son ouverture, le village tourne, c’est clair. « Le partenariat énorme engagé au départ et très rapidement fonctionne toujours aussi bien. Nous ne sommes pas laissés à l’abandon, ça non », assure Danielle Lapre. « La réglementation est ce qu’elle est pour le travail mais bon… Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer : c’est quand même un village expérimental ! »

 Insertion roms dijon

Date de dernière mise à jour : 16/12/2014