France - Migrants : l’Eglise contre les défenseurs de la « race blanche » - Golias - 22/6/17

« Le HCR des Nations unies pour les réfugiés salue le rôle joué par les communautés religieuses face aux drames des migrations forcées. »

Golias Hebdo20170622-n°486

Migrants : l’Eglise contre les défenseurs de la « race blanche »

Bravo François ! Le nouveau Dicastère pour le service du développement humain intégral, en fonction depuis le 1er janvier dernier, avait bien un préfet – le cardinal ghanéen Turkson – mais toujours pas de secrétaire. C’est chose faite depuis le 16 juin et c’est le P. Bruno-Marie Duffé, du diocèse de Lyon, qui a été choisi. Il s’agit d’une très bonne nomination pour plusieurs raisons. D’une part, le P. Duffé est un théologien moral d’envergure, spécialisé en éthique, un homme d’ouverture ; d’autre part, c’est un prêtre qui connaît les souffrances humaines, engagé dans la pastorale de la santé. Enfin, il était jusqu’à sa nomination aumônier national du CCFD-Terre solidaire , une association de qui nous nous sentons proches et qui est régulièrement égratignée par la sphère tradi en raison de son humanisme, du fait qu’elle prend comme point de départ de son action l’homme, la femme, l’enfant en difficulté non les articles du catéchisme touchant tel ou tel point moral.

Les communautés à la base, où existent des équipes du CCFD se réjouissent elles aussi de cette nomination car il s’agit pour elles d’une forme de reconnaissance de leurs luttes, avec des moyens pauvres souvent, faisant appel à toutes les bonnes volontés. Une multitude de petites actions au nom la Grande Action, si l’on peut dire, soit l’Évangile de Jésus Christ. Cette nomination est la meilleure réponse à ce prêtre liturgiste en chef d’un diocèse au nord de Paris qui – il y a quelques années – interrogeait un couple de chrétiens impliqués dans le Secours catholique et au CCFD : « Où va l’argent que l’on donne au CCFD ? Vous êtes sûrs qu’il va bien aux pauvres ? » Oui, il est des gens pour qui Mt 25, 31-46 (« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… ») veut encore dire quelque chose. Et d’autres non. Comme ce prêtre. Comme les identitaires aussi. Ces gens aculturés pour qui ne prévaut que la « culture chrétienne », la « race blanche », ont réussi à rassembler 60.000 euros dans le but d’« affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ». Ce financement participatif a été lancé il y a un mois… Combien de chrétiens parmi ces fascistes en herbe ? Combien de chrétiens parmi les donateurs ? On pourrait être surpris. C’est pourquoi la nomination du P. Duffé, bien conscient de ces enjeux, est une bonne nouvelle. La hiérarchie doit aussi poser des actes qui soutiennent le combat contre la pauvreté et la misère mené à la base par les fidèles. Quand elle agit de cette manière, elle est crédible et fidèle aux enseignements de son Seigneur ; nous ne pouvons qu’applaudir. En vérité, sur ce sujet, elle ne peut être rarement prise en défaut. La preuve, à la mi-juin : « Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) salu[ait] le rôle de sensibilisation joué par les communautés religieuses face aux drames des migrations forcées. »1 Les chrétiens sont aux avant-postes de ces drames quasi quotidiens : ainsi le 10 juin, au large des côtes libyennes, 52 personnes étaient portées disparues et huit étaient retrouvés noyées ; ils sont aussi en pointe s’agissant de l’accueil et de l’intégration des réfugiés et des demandeurs d’asile. Pas seulement les catholiques, les protestants aussi, ainsi que les juifs, selon Julia Dao, responsable de la communication pour le Bureau suisse du HCR2, qui note par ailleurs que l’engagement des croyants et des structures confessionnelles apportent beaucoup « notamment sur la teneur des débats politiques actuels, où le besoin légitime d’assistance que rencontrent les populations déplacées et réfugiées en Suisse doit être rappelé sans relâche ». Il n’y a pas que de l’autre côté du lac Léman que ces choses « doi[vent] être rappelé[es] », en France aussi où nous n’accueillons que quelques dizaines de milliers de ces malheureux afin de ne pas nous fâcher avec les électeurs… Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5473.html