Calais - Lettre ouverte des associations de soutien aux migrants - 1er sept. 2016

Manifestation du 5 septembre à Calais. Les humanitaires réagissent

Des commerçants, routiers, agriculteurs et salariés du port de
    Calais organisent une manifestation le 5 septembre pour obtenir du
    gouvernement le démantèlement immédiat du bidonville de Calais.
    Des associations d'aide aux migrants les interpellent. La
    destruction du bidonville aggraverait les problèmes pour tous. Il
    y a d'autres solutions.

 

 Lettre ouverte des associations d'aide aux migrants de Calais aux
    organisateurs de la manifestation du 5 septembre


    Au nom des difficultés économiques du port et de la ville et de
    l’exaspération des habitants de Calais, vous organisez une
    manifestation, en exigeant du gouvernement un engagement précis
    sur la destruction du camp de migrants.

    Il est certain que la présence de 10 000 migrants dans ce camp
    pose à tous des problèmes réels, tant aux chauffeurs routiers
    qu’aux agriculteurs proches du camp ; qu’elle a entrainé
    l’érection de kilomètres de murs et de grillages ; qu’elle a pu
    dissuader des touristes de venir à Calais ; qu’elle a sans doute
    des conséquences sur le trafic portuaire ; qu’elle a nécessité la
    mise en place de forces de police considérables, qui seraient
    sûrement mieux employées ailleurs.

    Les organisations signataires, associations locales, qui
    comprennent des Calaisiens et des non-Calaisiens, et les ONG
    nationales, accomplissent d’immenses efforts pour assurer le
    minimum aux migrants, ce qui est nécessaire puisque l’état
    n’assume pas, ou pas suffisamment ses missions. Ce travail, et la
    connaissance approfondie que nous avons de la situation
    calaisienne, nous autorisent à vous adresser ce message.

    Tout d’abord nous voudrions dire que ce sont les migrants
    eux-mêmes qui souffrent le plus gravement de cette situation :
    entassement, conditions de vie déplorables, non scolarisation des
    enfants, impossibilité de bénéficier des droits que leurs
    attribuent les accords de Dublin, notamment rapprochement familial
    et possibilité de demander la protection du pays européen de leur
    choix, violences, inexistence ou presque de la protection des
    mineurs isolés. L’origine géographique des migrants de Calais
    montre que la plupart devraient obtenir une protection, car ils
    viennent de pays en guerre, ou de dictatures, ou sont de minorités
    opprimées.

    D’autre part, nous tenons à affirmer que nous ne sommes pas non
    plus pour le maintien à terme de ce camp. La vie y est difficile.
    Un camp de toiles et de mauvaises cabanes n’est pas un endroit où
    des humains peuvent vivre dans la dignité.

    Cependant, en faisant pression sur le gouvernement pour obtenir à
    brève échéance le démantèlement du camp, vous ne tenez pas compte
    des faits suivants :

    -    La destruction du camp amènerait la dispersion de la plus
    grande partie de sa population et aggraverait donc à la fois les
    conditions de vie des migrants et les dommages que vous déplorez ;

    -   Elle compliquerait encore plus le travail des forces de police
    et celui des bénévoles des associations ; le travail du
    Département dans la protection des mineurs.

    -   Elle nuirait gravement aux migrants justifiables d’une
    protection, notamment les femmes et les enfants, les malades et
    les blessés.

    -   Elle donnerait de Calais, de ses citoyens, de ses acteurs
    économiques, une image extrêmement négative.

    Le gouvernement actuel, contrairement à ses prédécesseurs, a mis
    en place, certes tardivement et de façon partielle, une politique
    humanitaire. Il travaille à l’ouverture de places d’accueil
    partout en France. Il faut lui donner le temps de faire monter en
    puissance le dispositif national d’accueil.

    Enfin, les associations et O.N.G signataires affirment qu’elles
    sont capables de proposer les moyens de pacifier la situation et
    d’entreprendre la stabilisation puis la diminution de la
    population et enfin la disparition du camp. Nous pensons que vous
    pourriez être d’accord avec les exigences suivantes, que nous
    adresserions ensemble au gouvernement :

    -   Qu’il oblige le gouvernement britannique à assumer ses
    responsabilités par rapport aux migrants qui ont des raisons
    valables de demander la protection de la Grande-Bretagne ; si le
    blocage persiste, qu’il indique au gouvernement britannique que la
    France rompra unilatéralement les accords du Touquet ; en
    particulier que les contrôles se feront à nouveau sur le sol
    britannique, ce qui sera de fait impossible compte tenu de la
    configuration du port de Douvres.

    -   Qu’il fasse monter très rapidement en puissance le dispositif
    national d’accueil, en particulier en concrétisant les
    propositions de la Ministre du Logement sur l’accueil citoyen et
    la participation de toutes les grandes villes à l’accueil des
    migrants, de façon à éviter l’entassement dans l’entonnoir
    calaisien ;

    -   Qu’il rassemble autour d’une même table tous les acteurs
    concernés, pour construire des solutions efficaces et humaines :
    vous, qui avez le sentiment de ne pas être écoutés ; nous, les
    associations d’aide aux migrants, aujourd’hui méprisées par le
    gouvernement, freinées dans nos actions ; les représentants des
    communautés de migrants, qui seuls peuvent, avec nous et une
    police de proximité, pacifier réellement le camp.

    Nous vous proposons une rencontre à Calais pour en discuter.

    Les associations locales et les O.N.G. nationales intervenant sur
    le camp :

    L’Auberge des Migrants, La Cabane Juridique, Utopia 56, Jungle’s
    Book, Le Secours Catholique (Délégation du Pas de Calais)