Allemagne - Bien plus que des livres - l’intégration par l’éducation - Ambassade 7/12/16

Günter Reichert crée à Nuremberg la première bibliothèque pour les demandeurs d’asile. Le concept a fait des émules partout en Allemagne, c’est parce qu’il est facile à réaliser n’importe où.

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Bien plus que des livres - l’intégration par l’éducation

7 déc. 2016

Günter Reichert, fondateur de l’« Asylothek » à Nuremberg, et Javad Ahmadi (à droite) . Les deux hommes s’entendent bien © Jürgen Holzenleuchter

Lorsqu’il assiste à l’inauguration d’un centre d’accueil pour réfugiés, Günter Reichert remarque qu’il n’offre aucun programme éducatif. Il a donc l’idée de créer à Nuremberg la première « Asylothek », une bibliothèque pour les demandeurs d’asile. C’était en 2012. Si depuis, ce concept a fait des émules partout en Allemagne, c’est parce qu’il est facile à réaliser n’importe où.

Bien plus que quelques étagères contenant des livres, ces bibliothèques pour demandeurs d’asile sont des endroits voués à l’éducation et à la culture, ils offrent des repères et permettent de retrouver un sentiment de sécurité. Un nouveau foyer, en quelque sorte. Günter Reichert veut offrir quelque chose aux réfugiés, avant et après les cours d’intégration. Ce qui lui tient particulièrement à cœur, c’est que les réfugiés contribuent eux‑mêmes au projet.

Un cours de langue pendant six mois

Javad Ahmadi enseigne aux réfugiés la grammaire et le vocabulaire allemands dans leur langue natale © Jürgen Holzenleuchter

Comme par exemple Javad Ahmadi. Ce jeune homme de vingt‑sept ans a quitté l’Iran pour des motifs politiques et est arrivé en Allemagne en 2011. Il a appris l’allemand tout seul, avec parfois l’aide d’anciens enseignants. Javad Ahmadi habite à Nuremberg et suit une formation d’électronicien. Il a appris l’anglais dans une « Asylothek » – mais ce qui compte encore plus, c’est qu’il y a aussi contribué.

Lors d’une fête d’été, il promet à Günter Reichert de donner des cours de langue, ce dernier s’occupant de lui procurer des locaux. Pour motiver les demandeurs d’asile à participer à son cours, Javad Ahmadi trouve une astuce : lorsqu’il raconte à tout le monde qu’il ne reste plus que deux places libres, son cours est soudain très prisé. L’astuce marche si bien qu’en fin de compte, il n’y a pas assez de places pour toutes les demandes. Pendant six mois, Javad Ahmadi donne tous les soirs des cours de langue avec un ami, après avoir passé la journée au travail ou au centre de formation technique.

Un engagement qui porte ses fruits

« Cet engagement est tout à fait remarquable », affirme Günter Reichert, en ajoutant que l’on ne voit pas cela tous les jours. Javad Ahmadi explique qu’il a connu lui‑même les difficultés qu’ont les réfugiés en arrivant, et qu’il voulait également rendre quelque chose à la société. En leur expliquant la grammaire et le vocabulaire allemands dans leur langue maternelle, il a beaucoup aidé les réfugiés. « En l’espace de quelques jours seulement, nous avons fait des progrès qui normalement prennent plusieurs semaines », déclare‑t‑il.

 Les enfants aident leurs parents

Pour les nombreux adultes qui ne s’intéressent pas a priori pour les offres de l’« Asylothek », il existe d’autres moyens : « Il ne faut pas sous-estimer les enfants, très importants pour l’intégration. Ils sont capables d’atteindre rapidement un bon niveau en allemand. Ainsi, ils peuvent aider leurs parents dans la vie de tous les jours et leur apprendre énormément de choses », affirme Günter Reichert quand il évoque ses expériences avec les familles de réfugiés.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de langue, mais aussi de comportement au quotidien. Les enfants apprennent à dire « s’il vous plaît » et « merci », et qu’il n’y pas que des cadeaux dans la vie. « Quand ils veulent que je leur donne quelque chose, ils me font d’abord un dessin » – voilà comment Günter Reichert décrit sa méthode.

 Seuls les livres ne suffisent pas

Entre-temps, l’Allemagne compte plus de cinquante bibliothèques pour demandeurs d’asile. Günter Reichert et Javad Ahmadi visitent l’« Asylothek » de Röthenbach, près de Nuremberg. Cet exemple montre bien comment l’idée de base de fournir une bibliothèque aux demandeurs d’asile s’est propagée et transformée à travers le pays. Ici, on ne trouve pas de longues étagères remplies de livres. Il n’y a que les livres vraiment nécessaires, pour les cours de langue par exemple. C’est aussi une manière de tenir compte des différents niveaux d’études des réfugiés. « Les livres, c’est bien pour s’orienter », dit Günter Reichert, « mais cela ne suffit pas. »

 Des offres sur mesure

Georg Escher (à gauche) s’entretient avec Javad Ahmadi et Klaus Hacker (à droite), maire de la ville, dans l’habitat intergénérationnel de Röthenbach © Jürgen Holzenleuchter

Georg Escher est le porte-parole du groupe de soutien aux réfugiés de Röthenbach. C’est dans ce cadre qu’est née l’idée d’implanter au sein d’un habitat intergénérationnel une bibliothèque pour les demandeurs d’asile. « Nous cherchions des locaux à proximité du centre d’accueil des réfugiés. Notre bibliothèque s’intègre parfaitement au profil de cet habitat », affirme M. Escher. L’objectif est de servir d’interlocuteur, notamment lorsque les réfugiés ont des problèmes, et de créer des parrainages. Les réfugiés viennent régulièrement pour suivre des cours d’allemand. Avec les enfants, on apprend la langue par le jeu.

Lors de la fondation de leur bibliothèque, les habitants de Röthenbach ont profité du fait que Günter Reichert ait veillé, lors de la conception de son projet, à ce qu’il soit facile à copier. Une « Asylothek » n’est pas une association. Elle existe grâce aux donations et au bénévolat, ce qui réduit la bureaucratie. Comme on peut le constater à Röthenbach, c’est un modèle que l’on peut adapter aux conditions particulières de chaque endroit. « Chacun peut créer une telle structure, sans grands moyens », assure Günter Reichert. Voilà ce qui explique leur succès partout en Allemagne.

Günter Reichert a ouvert la première « Asylothek » en septembre 2012. Avec son idée, il invite d’autres à suivre son exemple. Les bibliothèques pour demandeurs d’asile sont financées à travers des donations et des bénévoles. Leur objectif est d’offrir un minimum d’éducation et de culture et de transmettre des valeurs sociétales. Cette offre s’adresse aux demandeurs d’asile, qui peuvent déjà en profiter avant de suivre un cours d’intégration. Le concept d’« Asylothek » a reçu plusieurs récompenses.

Situation au 5 décembre 2016

© Office de presse du gouvernement fédéral (BPA)