A Gardanne, un collectif œuvre à l'insertion des Roms

Article du journal La Vie : http://www.lavie.fr/solidarite/carnets-citoyens/a-gardanne-un-collectif-oeuvre-a-l-insertion-des-roms-24-02-2015-60843_459.php

Rejetées de toutes les communes des Bouches-du-Rhône, une douzaine de familles roms ont trouvé refuge à Gardanne. Un collectif citoyen s'est créé pour les accompagner et œuvrer à leur insertion. Grâce à une étroite collaboration avec les pouvoirs publics, les résultats sont au rendez-vous.

Quand ils se sont installés clandestinement sur le carreau d'un ancien puits de mine de Gardanne (Bouches-du-Rhône), le maire de la ville a bien failli les expulser. Avant de se raviser. « Ce n'était pas gagné. Il nous a d'abord envoyés balader, puis il a mesuré le côté dramatique de la situation », raconte Didier Bonnel, l'un des militants d'Attac à l'origine de la création du collectif Roms de Gardanne. Constitué d'une cinquantaine de bénévoles, actifs et motivés, ce collectif veille depuis le début sur la douzaine de familles roms qui, après avoir été chassée des trottoirs de Marseille, a trouvé refuge ici, à 15 km d'Aix-en-Provence. Deux ans et demi après leur arrivée, les tentes ont été remplacées par des caravanes et des mobile homes fournis par la Fondation Abbé Pierre.

« Ces gens étaient dans la détresse, nous ne pouvions pas faire autre chose que de les aider », témoigne Didier Bonnel. Rassemblant des chrétiens pratiquants et des militants de gauche, issus du Secours catholique, du CCFD-Terre solidaire ou de la Ligue des droits de l'homme, le collectif Roms de Gardanne, créé pour la circonstance, a su nouer des liens avec les pouvoirs publics et les institutions concernées. Avec le concours des services municipaux, il a mis en place des séances d'alphabétisation, une aide aux devoirs pour les plus jeunes, un atelier couture (grâce au soutien d'Emmaüs), des activités d'art plastique, des conseils juridiques, une protection maternelle et infantile et des cours de français pour les adultes. La maîtrise de la langue est une des conditions d'accès à l'emploi.

Les familles recensées (80 personnes environ) ont signé une charte en 2013 : veiller à l'hygiène et à la propreté, éviter de mendier, de consommer de l'alcool, de faire des feux avec autre chose que du bois ou d'accueillir d'autres personnes. Les parents se sont surtout engagés à scolariser les enfants, répartis dans plusieurs écoles de la ville pour ne pas créer de classe ghetto. « Aujourd'hui, tous les enfants vont à l'école et parlent français », explique Didier Bonnel qui se réjouit de voir les relations de confiance qui se sont tissées entre ses protégés et les intervenants extérieurs, professeurs, éducateurs, bénévoles ou assistants sociaux. « Même le chef de la police municipale est devenu un ami. Quand il arrive sur le campement, les enfants se précipitent sur lui, s'accrochent à son pantalon, et les adultes s'approchent pour lui serrer la main. »

Depuis le début, le collectif, qui entend privilégier l'insertion par le travail, ne ménage pas ses efforts pour inscrire les pères de famille à Pôle Emploi et les accompagner dans leurs démarches. « Sans travail pas de logement, et sans logement pas d'insertion possible », commente Didier Bonnel pour qui cette situation ne peut être que transitoire. « Il n'est pas question que ces familles restent dans des conditions précaires. Le campement dans lequel ils vivent est nécessaire mais, dans notre esprit, il est provisoire. Le but, c'est d'aider ces gens à s'insérer. Pour eux, de toute façon, c'est pire en Roumanie. » Trois familles devraient bientôt accéder à un logement social. Une quatrième a trouvé une maison en Lozère, dans la forêt cévenole. A l'opposé du bidonville urbain.

Tous les membres du collectif sont bénévoles : 150 membres actifs cotisants et 200 sympathisants. Parmi ceux qui sont présents sur le terrain, il y a le curé de la paroisse (l'un des co-présidents), un infirmier, des traducteurs, un médecin généraliste de Gardanne ou de jeunes animateurs titulaires du Bafa. Avec un budget annuel de 15 000 € (en 2014), l'association peut acheter du matériel pédagogique et accorder des prêts temporaires aux familles afin de les aider dans leurs démarches. « Notre action est un combat contre l'injustice, contre l'intolérance et contre la bêtise de certains propos anti-Roms. Mais nous ne sommes pas dans les grandes idées, nous voulons juste faire avancer les choses car, nous le croyons, l'intégration est possible. » A Gardanne, elle est le fruit d'un partenariat exemplaire entre la mairie, l'Education nationale et les associations.

« Le campement devrait fermer d'ici un an ou deux, sans heurts, sans brutalité, sans expulsion », espère Didier Bonnel. « Tout simplement parce que chaque famille aura trouvé un moyen de vivre dignement, avec un travail ou un petit boulot, avec un logement, avec des voisins, avec la possibilité de mener une vie paisible. » Fier du travail accompli, le collectif Roms de Gardanne espère que d'autres communes leur emboîteront le pas. « Si tout le monde faisait un petit effort, il n'y aurait plus de problème rom en France. Notre pays a accueilli par le passé des afflux de populations immigrées bien plus importants ! Il ne tient qu'à nous que les Roms deviennent des Français comme les autres. » Pourtant, à ce jour, Gardanne, avec ses 20 000 habitants, reste la seule commune de la région à avoir mené une telle action. Mais ils sont où les citoyens ?

Plus d'infos :

Collectif Roms de Gardanne, 3 bd Bontemps, 13120 Gardanne. Tél : 06 14 62 10 77. Mail :contact@coll-roms-gardanne.org